Vendredi soir, le baril de WTI a clôturé au-dessus de 100 dollars, pendant que le Nasdaq perdait 2,3 % en une séance. Entre les deux : une inflation américaine plus forte que prévu et un président de la Fed qui s'est bien gardé de trancher. Chaque marché a vécu sa propre semaine, et les récits ne concordent pas tous.

En bref

  • Le Nasdaq Composite a cédé 4,5 %, sa pire semaine depuis fin juin, plombé par les doutes sur le financement de l'intelligence artificielle.
  • Le WTI a fini vendredi à 101,37 dollars, en hausse de 3,40 dollars sur la séance, sur fond de craintes d'escalade avec l'Iran.
  • Les prix à la production américains ont bondi de 1,3 % en septembre, contre 0,6 % attendu. La Fed se réunit les 27 et 28 octobre.

L'IA fait trembler Wall Street

Le coup le plus violent n'est pas venu du calendrier, mais des rumeurs. Jeudi, on parlait d'un fonds spécialisé dans l'IA en perdition. Vendredi, la rumeur a enflé et les « néoclouds », ces loueurs de puissance de calcul, ont de nouveau plongé. Selon le récapitulatif de séance d'investingLive, le marché craignait que CoreWeave émette des actions pour rembourser sa dette. L'indice des semi-conducteurs SOX a reculé pour la huitième séance d'affilée.

Vendredi, le Nasdaq a perdu 2,3 % et le S&P 500 1,2 %. Sur la semaine, d'après Yahoo Finance, le Nasdaq Composite abandonne 4,5 % et met fin à un mois de hausse. Le Dow Jones, lui, progresse : les capitaux ont quitté la tech pour des valeurs plus classiques.

Retenez la nature du choc. Aucun chiffre macro n'a fait tomber la tech. Le problème est le crédit : qui paiera les centres de données promis, et à quel prix ? Ce doute ne se dissipe pas en une séance. Il revient par vagues, au fil des résultats et des émissions de dette.

Table de café parisien un dimanche matin d'automne, carnet fermé, stylo et expresso, téléphone retourné

Inflation : Warsh se tait, les chiffres parlent

Mercredi, l'indice des prix à la consommation est ressorti à 3,7 % sur un an, contre 3,6 % prévu et 3,4 % le mois précédent. L'inflation sous-jacente a suivi : 2,6 %, pour 2,5 % attendu. Un dixième de trop partout, sans excuse technique. Notre fiche sur l'impact mesuré du CPI retrace la réaction du marché à chaque publication.

Jeudi, le choc est venu de l'amont. Les prix à la production ont grimpé de 1,3 % en un mois, plus du double des 0,6 % attendus. Sur un an, ils s'envolent de 6,3 %, selon CNBC. Les ventes au détail ont paru solides, à +0,8 % contre +0,3 % prévu. Mais le carburant explique presque tout : hors stations-service, elles progressent peu, note FXStreet. Le consommateur paie plus cher, il n'achète pas davantage.

La Fed, elle, a joué la montre. Les paris sur une hausse de taux en octobre sont montés à 50 % après le CPI, puis sont retombés jeudi, rapporte Axios d'après l'outil FedWatch du CME. Vendredi à Bangkok, Kevin Warsh n'a rien dévoilé : « Je ne préjuge pas des réunions. » Le marché y a vu une pause, et la probabilité d'une hausse est tombée à 15 % vendredi matin. Goldman Sachs table sur une pause en octobre, puis sur une « deuxième et dernière hausse » en décembre.

Quand le marché n'accorde plus que 15 % de chances à une hausse alors que les prix à la production grimpent de 6,3 % sur un an, une éventuelle surprise le 28 octobre ne peut aller que dans un sens.

Pétrole : gare au week-end

Le baril n'a pas attendu la Fed. Mercredi, le WTI terminait à 95,12 dollars, porté par l'escalade des attaques houthies contre l'Arabie saoudite, selon investingLive. Vendredi, il a fini à 101,37 dollars, après une poussée d'après-midi en partie inexpliquée. La piste la plus citée : le risque d'une riposte américaine contre l'Iran pendant le week-end, alors que les Gardiens de la révolution auraient ordonné l'évacuation de bases militaires.

Concrètement, un week-end sous tension, c'est un marché fermé pendant que l'actualité continue. Lundi, les cours peuvent ouvrir loin de votre stop, et l'ordre part au premier prix disponible. Toute position gardée vendredi soir sur le pétrole, l'or ou les indices porte ce risque.

Dollar, taux, or : les réflexes déraillent

Paradoxe de la semaine : malgré une inflation forte, le dollar a reculé. investingLive y voit une corrélation entre l'investissement dans l'IA et le billet vert. Les capitaux venus miser sur la croissance de la tech américaine repartent quand elle vacille. Vendredi, le dollar néo-zélandais menait le bal, le dollar américain fermait la marche.

Les taux longs ont suivi les actions plutôt que l'inflation. Le rendement à dix ans américain est passé de 5,19 % mercredi à 5,09 % vendredi. Le budget ne rassure pas pour autant : plus la Fed monte ses taux, plus cette ligne budgétaire grossit.

L'or, lui aussi, déjoue les habitudes. Une guerre au Moyen-Orient devrait le porter. Il a pourtant chuté de 54 dollars mercredi, à 4 103 dollars l'once. Le marché raisonne en chaîne : pétrole plus cher, inflation plus haute, Fed plus dure, et un métal sans rendement qui séduit moins. Vendredi, l'once terminait à 4 168 dollars, avec les 4 200 dollars en ligne de mire comme principal obstacle.

Ailleurs : Sydney décroche, Tokyo durcit le ton

En Australie, l'emploi a reculé de 39 300 postes en septembre, alors que le consensus attendait 19 600 créations. Le chômage grimpe à 4,7 %, au plus haut depuis cinq ans, et l'aussie a cédé du terrain. Au Royaume-Uni, le PIB mensuel publié jeudi a progressé de 0,1 %, quand on attendait un recul de 0,1 %.

À Tokyo, Kazuo Ueda a répété que la Banque du Japon continuerait de relever ses taux à mesure que l'inflation sous-jacente se rapproche de 2 %. En zone euro, l'inflation de septembre a été confirmée à 3,8 % sur un an. La plupart des banques centrales serrent la vis en même temps. Warsh l'a résumé à sa façon : il n'y a « pas de passager clandestin ».

Côté crypto, la vague de liquidations racontée ici mercredi a déjà purgé une partie du levier. Deux fils à suivre désormais : le Nasdaq, dont le bitcoin reste proche quand la tech décroche, et le dollar.

La semaine prochaine : l'inflation hors des États-Unis

La Fed entre en période de silence avant sa réunion des 27 et 28 octobre. Londres, Ottawa et Wellington prennent le relais.

DatePublicationPrévuPrécédent
Mardi 20, 8 hRoyaume-Uni, salaires 3 mois/an3,8 %3,9 %
Mercredi 21, 8 hRoyaume-Uni, CPI sur un an3,4 %3,1 %
Mercredi 21, 23 h 45Nouvelle-Zélande, CPI t/t0,8 %1,5 %
Jeudi 22, 14 h 30États-Unis, inscriptions au chômage200 000199 000
Vendredi 23, 9 h 30Allemagne, PMI manufacturier flash54,053,8
Vendredi 23, 15 h 45États-Unis, PMI manufacturier flash55,657,0
Vendredi 23, 15 h 45États-Unis, PMI services flash57,958,7

Le gros morceau, c'est l'inflation britannique : le consensus l'attend en accélération, de 3,1 % à 3,4 %. La barre est déjà haute pour la livre. Au Canada, le budget fédéral tombe mardi soir, au lendemain du CPI. Les heures sont celles de Paris. Le calendrier économique d'Edgyx affiche, pour chaque publication, l'amplitude mesurée lors des sorties précédentes : de quoi régler un stop avant la donnée plutôt qu'après.

Mais d'abord, il y a l'ouverture de lundi. Voici comment chiffrer une position gardée pendant le week-end.

À retenir

  • Le stress est venu du financement de l'IA : le Nasdaq a perdu 4,5 % sur la semaine et le SOX a enchaîné huit séances de baisse.
  • L'inflation américaine accélère (CPI à 3,7 %, prix à la production à +1,3 % sur un mois), mais le marché ne croit plus guère à une hausse de la Fed le 28 octobre.
  • Avec un baril au-dessus de 100 dollars, chiffrez vos positions du week-end sur un écart d'ouverture, pas seulement sur votre stop.
  • Le dollar suit la tech, l'or pâtit des anticipations de taux : revérifiez les corrélations habituelles avant chaque trade.