Mercredi, le rendement du Trésor américain à 30 ans a touché 5,73 %, son plus haut depuis 24 ans. Vendredi, le Canada a annoncé 68 300 emplois détruits, et le huard a décroché dans la minute. Entre les deux, la Fed a confirmé qu'elle n'en avait pas fini avec les hausses de taux. Retour sur une semaine où les obligations ont imposé leur tempo à tous les marchés.
En bref
- Taux : mercredi, le 30 ans américain a touché 5,73 %, son plus haut depuis 24 ans, avant de revenir à 5,66 %.
- Fed : selon les minutes publiées le 7 octobre, la plupart des responsables jugent probable une nouvelle hausse d'ici la fin de l'année, après celle de septembre à 3,75-4 %.
- Canada : 68 300 emplois perdus en septembre, quand on attendait 6 100 créations. L'USD/CAD est passé d'environ 1,4232 à près de 1,4293.
Les taux longs donnent le ton
Le chiffre de la semaine vient du marché obligataire. Mercredi, le rendement américain à 30 ans a grimpé à 5,73 %, son plus haut depuis 24 ans, avant de revenir à 5,66 %, rapporte investingLive. Deux nouvelles ont calmé le jeu : une adjudication à 10 ans bien absorbée, puis des informations selon lesquelles la France envisagerait d'émettre davantage de dette à court terme.
Ce détail français compte. Quand un État se replie sur les échéances courtes, c'est qu'emprunter à dix ou trente ans lui coûte trop cher. Le marché y a vu un répit, pas une solution.
Vendredi, la courbe américaine s'est aplatie : les taux courts ont monté, le 30 ans a légèrement reculé. Traduction : le marché parie sur une Fed plus dure dans les prochains mois, sans s'alarmer davantage de l'inflation à long terme. Le dollar reste donc porté par la partie courte de la courbe, celle qui suit les anticipations de taux directeurs.
La Fed assume son penchant
Les minutes de la réunion des 15 et 16 septembre, publiées mercredi, lèvent le doute. La hausse d'un quart de point, à 3,75-4 %, a été votée à 12 voix contre 0. Et la plupart des participants jugent qu'un nouveau tour de vis serait probablement approprié avant la fin de l'année.
Le diagnostic est sans fard. L'inflation ne recule plus, poussée par le pétrole et par l'envolée des investissements dans l'IA. Les services de la Fed l'estimaient à 3,8 % en août (indice PCE), et à 3,4 % hors énergie et alimentation. Ils ne voient pas de retour à 2 % avant 2029. Le chômage, à 4,1 %, est jugé proche du plein-emploi.
Le point clé : le pétrole est devenu une variable de politique monétaire. Comme le souligne l'analyse d'investingLive, un nouveau choc d'offre dans le Golfe ne serait plus ignoré : il renforcerait le camp des faucons. Prochaine réunion les 27 et 28 octobre. Maigre consolation pour l'euro : la BCE relève elle aussi ses taux, ce qui réduit l'écart avec Washington.

Le huard plonge, l'euro reste lesté
Vendredi à 14 h 30, Statistique Canada a publié un chiffre désastreux. Le pays a perdu 68 300 postes en septembre, quand le consensus tablait sur 6 100 créations. Le mois précédent était déjà en baisse. Le taux de chômage, conforme aux attentes, passe de 6,4 % à 6,5 %. Notre fiche sur l'impact de l'emploi canadien mesure la réaction des prix à chaque publication.
L'USD/CAD est passé d'environ 1,4232 juste avant le chiffre à près de 1,4293 juste après, selon le compte rendu de séance d'investingLive. Le huard a ensuite regagné un peu de terrain, sans vraiment se redresser. Sur la séance, le dollar a pris environ 0,25 % face au dollar canadien et au yen, mais a reculé face au dollar australien.
D'un côté, deux mois d'affilée de destructions d'emplois. De l'autre, une Fed qui veut encore monter ses taux. L'écart entre Ottawa et Washington mène désormais la paire.
L'euro, lui, est resté sur la défensive toute la semaine. Vendredi, l'EUR/USD évoluait près de 1,1230, coincé entre deux grosses échéances d'options à 1,1200 et 1,1250, d'après investingLive. Inquiets pour la dette française, une partie des investisseurs ont allégé leurs positions.
Wall Street doute de l'IA, puis se reprend
Jeudi, la tech a trébuché : on s'est inquiété des revenus de l'intelligence artificielle, et les semi-conducteurs ont encaissé le premier coup. Vendredi, les acheteurs sont revenus. Les cinq grands indices américains ont fini dans le vert, Dow Jones en tête. Le Nasdaq aligne une quatrième semaine de hausse.
L'Europe a moins bien résisté. Ses indices ont progressé vendredi, mais la plupart terminent la semaine dans le rouge. La tension sur les dettes souveraines, française en tête, pèse plus lourd de ce côté de l'Atlantique.
La séance de jeudi est instructive. Une tendance hebdomadaire intacte n'empêche pas une purge d'une journée. Si vous tradez le Nasdaq en intraday avec un stop serré, ce trou d'air suffit à vous éjecter avant le rebond.
Or, pétrole, bitcoin : trois signaux
L'or a progressé vendredi, tout comme l'argent, alors que le dollar tenait bon. Voir l'or et le billet vert monter ensemble reste rare : le marché cherche à se protéger plus qu'il ne parie sur la croissance.
Quand le dollar et l'or montent ensemble, le marché n'achète pas de la croissance. Il achète une assurance.
Le pétrole a reculé vendredi, sur fond d'incertitude autour de l'Iran. Le G7 a annoncé la mise sur le marché de 100 millions de barils de réserves. JPMorgan doute de la portée du geste : surtout de vieux barils dans un nouvel emballage, selon la banque. Pour le cambiste, l'enjeu dépasse le brut : chaque flambée rapproche désormais la Fed d'une nouvelle hausse.
Le bitcoin a fini la semaine en hausse, avec les actions et les métaux précieux. Les vendeurs ont eu leur chance et ne l'ont pas saisie, résume investingLive.
Les chiffres de la semaine
| Date | Publication | Publié | Prévu | Précédent |
|---|---|---|---|---|
| 8 oct. | Inscriptions au chômage (États-Unis) | 197K | 200K | 197K |
| 9 oct. | Variation de l'emploi (Canada) | −68,3K | 6,1K | — |
| 9 oct. | Taux de chômage (Canada) | 6,5 % | 6,5 % | 6,4 % |
| 9 oct. | Confiance du consommateur Michigan (prélim.) | 46,3 | 47,5 | 47,8 |
| 9 oct. | Anticipations d'inflation Michigan (prélim.) | 4,7 % | — | 4,6 % |
Le signal le plus gênant se cache dans la dernière ligne. Les ménages américains broient du noir, mais anticipent davantage d'inflation, à 4,7 %. C'est exactement le mélange que la Fed redoute. Nos mesures sur l'impact des anticipations d'inflation du Michigan montrent comment le marché digère ce chiffre.
Semaine prochaine : l'inflation tranchera
L'agenda américain est chargé : indice des prix à la consommation, ventes au détail et premiers résultats des grandes banques. Lundi, une partie des marchés nord-américains sera fermée : attendez-vous à une liquidité réduite en début de semaine.
Deux scénarios se dessinent :
- Inflation plus forte que prévu : elle validerait le ton des minutes. Les taux courts et le dollar pourraient en profiter, au détriment de l'or et de la tech.
- Inflation conforme ou plus faible : le marché pourrait réviser à la baisse la probabilité d'une hausse en fin d'année. Le dollar perdrait alors une partie de son soutien, et la pression sur les taux longs pourrait se relâcher.
Dans les deux cas, la première minute risque de ressembler à celle de vendredi sur l'USD/CAD : spread élargi, mèche, retracement partiel. Votre stop habituel n'est pas fait pour ça. Adaptez la taille, pas le risque.
Ce tri, vous pouvez le faire sur votre propre historique. Edgyx classe automatiquement vos trades selon qu'ils tombent ou non dans une fenêtre de publication, et son calendrier économique affiche l'impact mesuré de chaque chiffre.
Ce qu'il faut retenir
- Le 30 ans américain a touché 5,73 %, au plus haut depuis 24 ans : les taux longs restent le thermomètre de tous les marchés.
- La Fed a voté sa hausse de septembre à 12 voix contre 0, et la plupart de ses membres envisagent un nouveau relèvement d'ici la fin de l'année. Prochaine réunion les 27 et 28 octobre.
- Le pétrole pèse désormais directement sur la politique monétaire américaine.
- Le Canada a perdu 68 300 emplois en septembre : le huard reste à la merci de l'écart de politique monétaire avec les États-Unis.
- L'inflation américaine de la semaine prochaine départagera les scénarios. Ajustez votre taille de position avant la publication, pas après.





