En octobre 2014, l'AMF a passé au crible quatre ans de trading de CFD et de forex chez les principaux intermédiaires français. Le verdict tient en une ligne : une majorité de clients perdants, avec une perte médiane importante. Combien d'entre eux auraient su dire pourquoi ? Un journal de trading sert d'abord à cela : savoir.

Écrivez l'hypothèse avant d'entrer

La plupart des journaux se remplissent le soir, position fermée. C'est trop tard. Une fois le résultat connu, la mémoire réécrit l'histoire : le trade gagnant devient « évident », le perdant « malchanceux ». Notez donc l'essentiel avant d'appuyer sur le bouton. Une minute suffit.

  • Le setup, sous un nom fixe : « cassure du range asiatique », « pullback sur la moyenne mobile ». Toujours le même, sinon vous ne pourrez rien trier.
  • La raison, en une phrase. Si elle n'y tient pas, le trade n'est pas prêt.
  • Entrée, stop, objectif, au prix exact.
  • Le risque en euros. C'est votre unité de mesure, le R. Une perte pleine vaut −1R ; un gain égal au double du risque vaut +2R. En R, un trade sur l'or et un trade sur l'EUR/USD deviennent comparables.
  • Le contexte : une publication au calendrier économique dans l'heure, une séance creuse, un marché en tendance ou en range.
  • Votre état, de 1 à 5. Fatigue, précipitation, envie de se refaire : cela se mesure aussi.

Le risque se fixe avec le stop et la taille de position, jamais avec le levier. Les plafonds européens, 30 pour 1 sur les grandes paires de devises, 20 pour 1 sur l'or et les grands indices, disent ce que le courtier vous autorise. Pas ce que vous devez engager.

Puis le verdict, sans indulgence

Après la sortie, complétez la fiche.

  • Le résultat en R, frais compris.
  • Plan respecté : oui ou non. Une seule case, mais la plus utile du journal.
  • L'erreur éventuelle, tirée d'une liste courte et fixe : entrée anticipée, stop déplacé, sortie précipitée, trade hors plan, taille excessive.
  • Les écarts extrêmes. Jusqu'où le prix est-il allé contre vous avant la sortie (la MAE des Anglo-Saxons) ? Et jusqu'où en votre faveur (la MFE) ? La première vous dit si vos stops sont trop serrés. La seconde, si vos objectifs laissent de l'argent sur la table.
  • Deux captures d'écran, à l'entrée et à la sortie.

Séparez toujours la décision du résultat. Un trade hors plan qui gagne reste une faute. Un trade conforme qui perd est un trade réussi.

Trader relisant ses captures de trades imprimées sur une table, écrans éteints en arrière-plan

Cinq chiffres, pas un de plus

Un tableur peut cracher trente indicateurs. Cinq suffisent pour piloter.

Le win rate. La part de trades gagnants. Seul, il ne dit rien : un taux de réussite flatteur cache souvent de petits gains et de grosses pertes.

Le ratio gain/perte. Le gain moyen divisé par la perte moyenne, en R. C'est le pendant du win rate : l'un ne se lit jamais sans l'autre.

L'espérance. Ce que rapporte un trade en moyenne, en R. Multipliez le taux de réussite par le gain moyen, puis retranchez le taux d'échec multiplié par la perte moyenne. Positive, la méthode gagne sur la durée, à condition de l'appliquer. Négative, aucune discipline ne la sauvera.

Le drawdown maximal. La plus forte baisse du compte entre un sommet et le creux suivant. Il mesure ce que vous devrez encaisser nerveusement. En prop firm, c'est aussi la limite qui fait sauter le compte.

La plus longue série de pertes. Elle prépare la tête. Un setup qui gagne moins d'une fois sur deux enchaînera tôt ou tard de longues séries perdantes. Si vous le savez, vous ne changerez pas de méthode au pire moment.

Calculez ces chiffres par setup, pas seulement pour le compte entier. Un bon setup peut masquer un mauvais pendant des mois.

Combien de trades avant de juger ?

Une bonne semaine ne prouve rien. Une mauvaise non plus. Et l'ancienneté ne garantit pas la compétence. Dans leur étude portant sur l'ensemble des day traders de Taïwan, Brad Barber, Terrance Odean et leurs coauteurs concluent qu'une très faible proportion des pratiquants est rentable de façon prévisible. Au Brésil, une étude consacrée à tous les débutants du day trading sur contrats à terme d'indice entre 2013 et 2015 conclut que la grande majorité de ceux qui ont persévéré ont perdu de l'argent. Insister ne suffit pas. Il faut mesurer.

Fixez-vous un échantillon avant de conclure, par exemple quelques dizaines de trades par setup, pris dans les mêmes conditions. En deçà, vous observez. Au-delà, vous tranchez. Et chaque fois que vous modifiez une règle, le compteur repart de zéro : vous testez désormais une autre méthode.

Une semaine raconte une histoire. Un échantillon rend un verdict.

La revue du week-end en quatre gestes

Bloquez un créneau fixe, écran du courtier fermé. Moins d'une heure suffit.

  1. Commencez par les trades hors plan. Comptez-les, additionnez leur résultat en R. C'est souvent par là que fuit une bonne part de l'argent.
  2. Mettez à jour les cinq chiffres, setup par setup.
  3. Cherchez une seule récurrence : une heure de la journée, un actif, un état émotionnel, un type d'erreur. Une seule, la plus coûteuse.
  4. Écrivez une décision. Une seule, là encore. Trois résolutions par semaine, c'est zéro résolution tenue.

Des chiffres à la règle

Une bonne règle se lit comme un test : « si…, alors… ». Elle porte sur un geste que vous maîtrisez, se vérifie dans le journal et prévoit une date de réexamen. « Être plus patient » n'est pas une règle. En voici trois :

  • « Si une publication majeure tombe dans l'heure, je n'ouvre rien sur l'actif concerné. »
  • « Si j'ai encaissé deux pertes pleines dans la séance, je ferme la plateforme. »
  • « Une fois posé, le stop ne s'éloigne jamais. »

Voyons comment une revue débouche sur une règle.

Le setup qui gagnait le plus souvent n'était pas celui qui rapportait. Sans journal, ce trader aurait sans doute renforcé B et abandonné A en pleine série noire.

Tout cela se tient à la main, avec un tableur ou un modèle de journal gratuit. C'est fastidieux, et c'est souvent là qu'on décroche. Edgyx importe les trades, calcule ces statistiques par setup, et son coach Ora signale les récurrences au moment de la revue. L'outil compte moins que la régularité.

Ce qu'il faut retenir

  • Notez le setup, la raison, le stop et le risque avant d'entrer : après, la mémoire triche.
  • Mesurez tout en R et cochez à chaque trade si le plan a été respecté.
  • Suivez cinq chiffres par setup : win rate, ratio gain/perte, espérance, drawdown maximal, plus longue série de pertes.
  • Ne jugez une méthode qu'après un échantillon suffisant, et remettez le compteur à zéro à chaque changement de règle.
  • Tirez de chaque revue une seule règle, écrite en « si…, alors… », avec une date de réexamen.