Mercredi, peu avant 11 h 30, l'OAT à 10 ans a dépassé 5 % pour la première fois depuis 2002. Le lendemain, c'est le 10 ans américain qui repassait sous ce seuil, emporté par une journée noire sur la tech. Le même chiffre rond recouvre deux mécaniques opposées. Avant de placer le moindre ordre, il faut comprendre laquelle est à l'œuvre.

En bref

  • OAT 10 ans : au-dessus de 5 % mercredi 21 octobre, une première depuis 2002, sur fond de budget 2027 enlisé au Parlement.
  • Jeudi 22 octobre : le Nasdaq recule de 2,6 % et les semi-conducteurs chutent de 6,7 %. Le 10 ans américain perd 18,5 points de base, à 4,9612 %.
  • Pétrole et or : le Brent a atteint 113,17 dollars jeudi, son plus haut depuis le 4 mai. L'once d'or est passée sous 4 000 dollars vendredi en Asie.

Paris : 5 %, le prix d'un budget introuvable

Le seuil est symbolique, le mouvement ne l'est pas. Selon CNBC, le rendement de l'OAT a brièvement franchi 5 % mercredi matin. Il est ensuite revenu vers 4,9794 %, encore en hausse d'environ 6 points de base sur la séance.

Le décor est connu. Le gouvernement de Sébastien Lecornu négocie le budget 2027 devant une Assemblée fracturée. Il vise 54 milliards d'euros d'économies. La France reste sous procédure européenne pour déficit excessif. Et le week-end précédent, des manifestations violentes ont secoué le pays.

Regardez surtout la nature de cette hausse. Le taux français ne grimpe pas parce que l'économie surchauffe. Il ne grimpe pas non plus parce que la BCE s'apprête à durcir le ton : le calendrier économique table sur un taux de refinancement inchangé à 2,65 % le 29 octobre. Il grimpe parce que les investisseurs exigent une prime pour détenir de la dette française. C'est une prime de risque politique.

Cette prime ne fond pas avec une bonne statistique. Elle suit les votes, les motions et la rue. Et un taux qui monte par peur n'attire pas les capitaux : il les fait fuir. L'euro et les actions françaises n'ont donc rien à gagner d'une OAT à 5 %, même si le vieux réflexe « taux plus haut, devise plus forte » suggère le contraire.

Un journal financier plié et un café sur le comptoir d'un bistrot parisien, un matin de pluie

Wall Street : la tech plonge, les Treasuries servent d'abri

Jeudi, le marché américain a évolué à deux vitesses. Le Nasdaq a cédé 2,60 % et le Nasdaq 100, plus concentré, 2,90 %. Le Dow a fini quasiment inchangé, rapporte investingLive. Pour le Nasdaq, c'est la pire séance depuis juin.

Le déclencheur vient des résultats des géants de la tech. Les projets de dépenses de Meta ont ravivé une question qui fâche : ces milliards investis dans l'IA rapporteront-ils un jour ? L'indice des semi-conducteurs de Philadelphie a lâché 6,7 %, sa plus forte baisse quotidienne depuis juin.

L'argent sorti de la tech a filé vers les obligations américaines :

  • 2 ans : 4,6524 %, en baisse de 17,1 points de base ;
  • 5 ans : 4,7784 %, en baisse de 19,2 points de base ;
  • 10 ans : 4,9612 %, en baisse de 18,5 points de base.

Le 10 ans est ainsi revenu à son plus bas depuis près d'un mois, selon CNBC. Ici, la baisse du taux traduit une fuite vers la qualité et un doute sur la croissance. En fin de journée, les contrats à terme accordaient 22 % de probabilité à l'absence de nouvelle hausse de la Fed d'ici la fin de l'année. Une hausse supplémentaire restait le scénario majoritaire, mais l'hypothèse d'une pause gagnait du terrain.

Le marché du travail, lui, ne cède pas. Le même jour, les inscriptions hebdomadaires au chômage sont ressorties à 194 000, contre 200 000 attendues et 199 000 la semaine précédente.

Côté devises, les abris classiques ont fonctionné. Le dollar a reculé de 0,82 % face au yen, à 156,83, et de 0,46 % face au franc suisse, à 0,8206.

Un taux à 5 % ne dit rien en lui-même. Demandez-vous d'abord qui vend l'obligation, et pourquoi.

Pétrole et or : les refuges ne marchent plus au pas

Pendant que la tech chutait, le pétrole s'envolait. Le Brent livrable en décembre a clôturé jeudi à 113,17 dollars, son plus haut niveau depuis le 4 mai, selon Financial News. Le WTI a pris 2,4 %, à 99,47 dollars. L'étincelle est venue d'un article du New York Times : Washington et Israël auraient préparé de nouvelles frappes sur l'Iran après les élections de mi-mandat du 3 novembre.

Sur le terrain, une frappe de drone sur le champ saoudien de Shaybah a tué deux personnes sans toucher la production. Autre détail qui compte : les exportations par le détroit d'Ormuz remontent vers leurs niveaux d'avant le conflit. Le marché paie donc un risque, pas encore une pénurie.

L'or, lui, n'a pas joué son rôle. Malgré la détente des taux et la tension au Moyen-Orient, l'once est passée sous 4 000 dollars vendredi, une première depuis juillet. Le bitcoin a suivi le mouvement vendeur. Vendredi, la contagion a gagné l'Asie : le KOSDAQ a reculé de 3,5 %, le Kospi de 2,2 % et le Nikkei de 1,4 %.

Au Japon, l'inflation sous-jacente hors produits frais a atteint 2,1 % en septembre, son plus haut de l'année, contre 1,7 % en août. Hors produits frais et énergie, elle monte à 2,4 %. De quoi entretenir l'idée d'une nouvelle hausse de la Banque du Japon, qui se réunit le 30 octobre.

Cinq banques centrales en trois jours

Les prochains jours vont trancher entre ces récits. Voici les rendez-vous du calendrier économique, en heure de Paris.

DateRendez-vousPrévuPrécédent
Ven. 23 oct., 15 h 45PMI manufacturier flash (États-Unis)55,457,0
Ven. 23 oct., 15 h 45PMI services flash (États-Unis)57,958,7
Mer. 28 oct., 2 h 00Taux directeur de la RBNZ3,00 %2,75 %
Mer. 28 oct., 14 h 45Taux directeur de la Banque du Canada2,50 %2,25 %
Jeu. 29 oct., 13 h 30PIB américain du 3e trimestre, première estimation3,0 %1,5 %
Jeu. 29 oct., 13 h 30Indice PCE sous-jacent, sur un mois0,3 %0,2 %
Jeu. 29 oct., 14 h 15Taux de refinancement de la BCE2,65 %2,65 %
Ven. 30 oct., 3 h 30Taux directeur de la Banque du Japon<1,25 %<1,25 %

Le budget britannique tombe aussi le 28 octobre à 13 h 30. Aucune prévision n'est publiée.

  • La pause de la Fed prend corps. Si les PMI et le PCE confirment un ralentissement, le 10 ans américain pourrait rester sous 5 % et le yen garder la main.
  • Le choc pétrolier reprend le dessus. Si le Brent s'installait au-dessus de 113 dollars, la peur de l'inflation reviendrait. Actions et obligations pourraient alors baisser ensemble. C'est le cas le plus inconfortable pour un portefeuille.
  • Paris s'enlise. Sans accord sur le budget, l'OAT pourrait rester au-dessus de 5 % même si les Treasuries se détendent. Une Fed accommodante n'y changerait rien.

Les erreurs typiques de ce genre de séance

Trader le chiffre rond. Un 10 ans à 5 % à Paris et à 5 % à New York ne racontent pas la même histoire. L'un mesure une défiance, l'autre une politique monétaire. Avant d'agir, nommez la cause.

Croire que tous les refuges montent ensemble. Jeudi, les Treasuries, le yen et le franc ont protégé. L'or et le bitcoin, non. Un « refuge » se vérifie séance par séance.

Empiler la même idée. Achat de Nasdaq, achat de bitcoin, vente de yen : trois lignes dans votre plateforme, mais un seul pari sur l'appétit pour le risque. Jeudi, les trois ont perdu en même temps.

Courir après un titre géopolitique. Les annonces s'enchaînent et se contredisent. Jeudi, le département d'État a ainsi démenti avoir ordonné l'évacuation de ses ressortissants du Golfe : l'ordre de départ ne visait que l'Arabie saoudite. Un stop serré posé sur une dépêche saute souvent au démenti suivant.

Garder sa taille habituelle. Quand l'amplitude double, le risque double aussi, à taille égale. C'est l'erreur la plus coûteuse, et la plus simple à corriger.

Notez ces journées à part. Un journal de trading automatique comme Edgyx permet ensuite de comparer vos résultats des séances de stress à ceux d'une séance ordinaire. Si l'écart est net, vous tenez votre règle : réduire la taille dès que la volatilité s'emballe.

Ce qu'il faut retenir

  • L'OAT a dépassé 5 % mercredi pour la première fois depuis 2002. C'est une prime de risque politique, liée au budget 2027, pas un signal de croissance.
  • Jeudi, le Nasdaq a perdu 2,6 % et le 10 ans américain 18,5 points de base. Là, le taux baisse parce que l'argent cherche un abri.
  • Le Brent à 113,17 dollars et l'or sous 4 000 dollars montrent que les refuges ne réagissent plus en bloc.
  • Fed le 28 octobre, BCE le 29, Banque du Japon le 30 : avant ces rendez-vous, la taille de position compte plus que la direction.
  • Avant chaque trade, vérifiez que vos positions ouvertes ne portent pas toutes le même pari.