Jeudi, le Nasdaq a perdu 2,6 % en une séance. Vendredi soir, le Brent dépassait 117 dollars et l'once d'or terminait à 3 999 dollars. La peur a grimpé toute la semaine, et pourtant l'or a reculé : les valeurs refuges ont changé de camp. Et cinq banques centrales prennent la parole dans les jours qui viennent.
En bref
- Le Brent a dépassé 117 dollars vendredi, au plus haut depuis mai : les marchés craignent une nouvelle opération américaine contre l'Iran. Le WTI a terminé à 103,47 dollars.
- Jeudi, le rendement du 10 ans américain est passé sous son seuil de référence, une première depuis un mois, avant de remonter vendredi à 4,999 %. Le Nasdaq a perdu 0,7 % sur la semaine.
- Mercredi 28 octobre, la Fed (4,00 % attendu, inchangé) et la Banque du Canada (2,50 % attendu, contre 2,25 %) se prononcent le même jour. La BCE suit jeudi, la Banque du Japon vendredi.
Le pétrole reprend la main
Tout est parti du Golfe. Une attaque de drone contre le champ pétrolier saoudien de Shaybah, exploité par Aramco, a fait deux morts. Le brut a aussitôt bondi. Vendredi, Donald Trump a remis une pièce dans la machine.
Lors d'un meeting juste avant la clôture, il a évoqué une petite « Epic Fury » : comprendre une courte campagne de frappes sur des sites nucléaires et des infrastructures iraniennes, selon le point de fin de séance d'investingLive. Le Brent a touché 117 dollars, du jamais-vu depuis mai. Le WTI a pris 4,01 dollars dans la séance, à 103,47 dollars.
Wall Street a suivi le baril. Vendredi, le Dow Jones a lâché 652,82 points, à 52 215,16, et le S&P 500 a cédé 0,52 %, à 7 623,68. La rotation saute aux yeux : selon CNBC, le S&P 500 hors IA gagne environ 6,6 % sur le mois, quand l'indice complet perd 0,4 %.
L'or a manqué son rendez-vous
En théorie, une crise au Moyen-Orient profite à l'or. Pas cette fois. Jeudi matin, l'once est tombée sous 4 100 dollars. Vendredi, elle a encore perdu 24 dollars, à 3 999 dollars.
L'explication tient en trois temps. Un baril plus cher nourrit l'inflation. Une inflation plus forte repousse toute baisse de taux et rapproche une hausse. Or le métal jaune ne rapporte rien : quand les taux s'annoncent durablement élevés, il séduit moins.
Une couverture qui marche neuf semaines sur dix ne vous protège pas la dixième. C'est la dixième qui compte.
Si vous aviez acheté de l'or pour vous couvrir contre un risque géopolitique, vous avez subi une double peine : le risque s'est matérialisé, et votre couverture a perdu.

La tech craque, les Treasuries respirent
Le deuxième choc est venu des résultats. Meta a chuté de 7 % après sa publication : son projet d'émettre des actions sans droit de vote pour financer l'IA a ravivé les doutes sur ses dépenses, rapporte 24/7 Wall St. Jeudi, le Nasdaq a plongé de 2,6 %, à son plus bas depuis septembre, note la recherche de MUFG. Le VIX a bondi de 14 % dans la séance et se dirigeait vers une clôture hebdomadaire au-dessus de 20, une première depuis début juin.
Les capitaux qui fuyaient la tech se sont réfugiés dans les emprunts d'État américains. Jeudi, le 10 ans a reculé de 19,3 points de base, à 4,953 %, sa plus forte baisse quotidienne depuis mars 2023. Vendredi, le pétrole a renversé la tendance : le 10 ans est remonté de 5 points de base à 4,999 %, le 2 ans à 4,686 % et le 30 ans à 5,312 %, selon CNBC. Un économiste cité par la chaîne décrit des investisseurs obligataires « dazed and confused », hébétés et désorientés.
Sur la semaine, le bilan paraît sage : Nasdaq −0,7 %, Dow Jones +0,4 %. Les séances, elles, ont été brutales.
Le yen redevient refuge, l'euro paie pour la France
Sur le marché des changes, le yen a été la devise la plus forte face au dollar. D'après FXStreet, l'USD/JPY a reculé sur la semaine, après un plus bas à 156,08 vendredi en séance asiatique. Les devises des pays producteurs de matières premières ont aussi brillé : MUFG place la couronne norvégienne, le dollar australien et le dollar canadien en tête du G10. L'australien a d'ailleurs progressé face au billet vert.
L'euro, lui, paie la facture française. Mercredi, le rendement de l'OAT à 10 ans a franchi un cap pour la première fois depuis 2002, en plein débat sur un budget 2027 où Sébastien Lecornu cherche 54 milliards d'euros d'économies. Les manifestations pèsent sur la monnaie unique. Vendredi, les indices PMI ont confirmé le décrochage français : services à 48,4 pour 50,7 attendu, industrie à 49,3 pour 50,5 attendu. Sous 50, l'activité se contracte. L'Allemagne s'en sort mieux, avec un PMI manufacturier à 54,2 pour 53,5 attendu. Sur la semaine, l'euro a cédé 0,56 % face au yen.
Les chiffres de la semaine
L'inflation résiste, l'emploi américain aussi.
| Publication | Publié | Prévu | Précédent |
|---|---|---|---|
| Inflation britannique (sur un an) | 3,5 % | 3,4 % | 3,1 % |
| Ventes au détail britanniques (sur un mois) | −0,4 % | −0,1 % | 0,5 % |
| Inscriptions au chômage américaines | 194 000 | 200 000 | 199 000 |
| PMI manufacturier américain flash | 56,0 | 55,4 | 57,0 |
| PMI des services français flash | 48,4 | 50,7 | 51,4 |
| Confiance des consommateurs Michigan (finale) | 48,0 | 46,3 | 46,3 |
| Inflation néo-zélandaise (sur un trimestre) | 0,7 % | 0,8 % | 1,5 % |
Deux lignes à retenir. À 194 000, les inscriptions au chômage restent basses : rien n'oblige la Fed à assouplir. Et dans l'enquête du Michigan, les ménages américains attendent toujours 4,7 % d'inflation. Au Royaume-Uni, une inflation qui monte et des ventes qui reculent compliquent la tâche de la Banque d'Angleterre.
Semaine prochaine : cinq banques centrales, deux budgets
Horaires de Paris (passage à l'heure d'hiver ce dimanche).
| Date | Rendez-vous | Prévu | Précédent |
|---|---|---|---|
| Mardi 27 | Confiance des consommateurs américains (Conference Board) | 80,5 | 81,9 |
| Mercredi 28, 2 h | Taux de la banque centrale néo-zélandaise | 3,00 % | 2,75 % |
| Mercredi 28, 13 h 30 | Budget britannique | — | — |
| Mercredi 28, 14 h 45 | Taux de la Banque du Canada | 2,50 % | 2,25 % |
| Mercredi 28, 19 h | Taux de la Fed | 4,00 % | 4,00 % |
| Jeudi 29, 13 h 30 | PIB américain (première estimation, trimestriel) | 3,0 % | 1,5 % |
| Jeudi 29, 13 h 30 | PCE sous-jacent américain (sur un mois) | 0,3 % | 0,2 % |
| Jeudi 29, 14 h 15 | Taux de refinancement de la BCE | 2,65 % | 2,65 % |
| Vendredi 30, 3 h 30 | Décision de la Banque du Japon | — | — |
Selon le consensus, la Fed pourrait ne pas bouger mercredi. Le vrai enjeu, c'est décembre : les marchés à terme estimaient la probabilité d'une hausse à près de 78 %, selon 24/7 Wall St. Le ton du président de la Fed face à un baril au-dessus de 100 dollars pèsera plus lourd que la décision elle-même. Attention au piège : le PCE sous-jacent, la mesure d'inflation préférée de la Fed, tombe le lendemain. Un chiffre à 0,3 % ou plus pourrait relancer la hausse des taux longs.
Pour les cryptos, le rendez-vous est le même : mercredi soir. Une Fed qui laisserait entrevoir une hausse en décembre assécherait encore la liquidité dont se nourrit le bitcoin.
Les leçons de la semaine pour le trader
Première leçon : le week-end. Les marchés ont fermé vendredi sur une menace de frappe. Une position conservée deux jours peut voir son stop sauté par un écart d'ouverture, et votre perte n'aura plus rien à voir avec celle que vous aviez prévue.
Deuxième leçon : les corrélations. L'or n'a pas protégé contre le risque pétrolier, le yen s'en est chargé. Ouvrez votre journal : combien de vos positions de la semaine misaient, au fond, sur la même chose, une inflation sous contrôle ?
Troisième leçon : la taille. Une semaine chargée de cinq décisions de taux, d'un PIB, d'un PCE et de deux budgets n'appelle pas la même exposition qu'une semaine tranquille. Mieux vaut ajuster sa taille avant les annonces que parier sur leur résultat. Notez dans votre journal le catalyseur de chaque trade : dans un mois, vous saurez si vous gagnez grâce aux données ou malgré elles. Le calendrier économique d'Edgyx indique, pour chaque publication, la réaction du marché lors des précédentes.
L'essentiel
- Le Brent a touché 117 dollars vendredi, au plus haut depuis mai, et le pétrole a tout entraîné dans son sillage : inflation, taux, or.
- L'or a fini sous 4 000 dollars malgré les tensions : un baril cher rapproche une hausse de taux, et le métal en pâtit.
- Les vrais refuges ont été le yen et les emprunts d'État américains, le 10 ans repassant brièvement sous son seuil de référence.
- Mercredi 28 et jeudi 29 octobre réunissent la Fed, la Banque du Canada, la BCE, le PCE et le budget britannique : c'est avant ces dates qu'il faut régler la taille de ses positions.





